Si l’on en croit les médias dominants, il n’y aurait que deux options, se résumant en un choix individuel. Regarder ou boycotter.
On ne peut s’empêcher de trouver curieux cette manière de présenter les choses. Les enquêtes sur les conditions de travail au Qatar ne datent pas d’hier. Depuis longtemps, nous savons. Pourtant, personne n’est allé jusqu’à tirer des conclusions sur ce qu’il était possible de faire au moment où les travailleurs n’étaient pas morts, au moment où ils étaient en train d’y passer, au moment où ils étaient exploités. Le festival d’injonctions à boycotter le mondial, au moment où la tragédie a bien eu lieu, peut alors paraître déplacé. Aller dire aux personnes qui ont le moins de pouvoir et de responsabilités, qu’ils devront se passer d’un évènement qui n’arrive que tous les quatre ans et qui leur apporte un peu de bonheur et d’évasion, c’est osé. Aller dire à un jeune argentin ayant grandi en chérissant Messi, que la dernière coupe du monde du « GOAT », il ne la verra pas, c’est osé. Mais ce qui est plus osé encore, c’est de leur faire croire qu’ils peuvent avoir un impact, c’est de leur dire qu’après tout c’est de leur faute, puisqu’ils regardent.
Tout semble fait pour rendre flou quelque-chose qui ne l’est pas, pour masquer des vérités qui appelleraient pourtant des actions claires. Un évènement sportif attendu par des millions de personnes dans le monde entier est pris en otage par une FIFA corrompue jusqu’à l’os et des dirigeants qataris qui font du football leur principal moyen de communication. Voilà ce qui est. Pourtant, personne ne semble dérangé que le PSG soit la vitrine avancée du Qatar en Europe. Ni que l’ensemble des droits TV, c’est-à-dire l’essentiel de l’argent dans le football, aient explosé du fait de l’arrivée de fonds qataris dans les années 2000. Personne ne s’offusque à voix haute lorsque la FIFA est accusée d’avoir couvert plusieurs réseaux de pédocriminalité dans différents pays. Or, ce sont ces faits démontrés qui pourraient amener de réels actes.
Oser aller au bout du raisonnement, c’est dire que la FIFA doit disparaître, ou du moins être refondée de fond en comble. C’est dire que les fédérations nationales doivent soit avoir la force de rompre avec celle-ci, soit être refondées elles-aussi. Cela appelle donc la politique. Seuls les États peuvent avoir le pouvoir de réclamer de tels changements, dans un système qui s’auto-entretient. Seuls les États peuvent décider de renvoyer, par la loi et par la force, l’argent qatari à la maison. Mais qui osera dire que le salaire de Kylian Mbappé est constitué, au moins en partie, du sang de travailleurs exploités au Qatar ? Si l’ensemble des connaissances sur le milieu du ballon rond étaient rassemblées et présentées ouvertement à la population française. S’il était décidé de soumettre au vote la possibilité d’une intervention politique pour réorganiser le football selon des règles qui correspondraient beaucoup mieux aux valeurs du sport, quel en serait le résultat ?
On n’en voudra évidemment pas à ceux qui décideront de boycotter cette Coupe du monde. Mais on n’en voudra surtout pas à ceux qui, autour d’une bière à la mi-temps, discuteront des moyens de se ressaisir du sport le plus populaire du monde.
Les amoureux du football ne sont pas responsables de la prise d’otage que subit ce sport, ils aimeraient plutôt qu’on le leur rende, et ils pourraient bien prendre envie d’aller le chercher par eux-mêmes.
